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Si
le harcèlement moral au travail a toujours existé,
des circonstances nouvelles encouragent désormais
les salariés à dénoncer publiquement les mauvais
traitements dont ils s'estiment victimes et qui
peuvent, dans des cas extrêmes, conduire au suicide.
"Face à la croissance économique qui se porte mieux,
la souffrance au travail apparaît moins supportable
et les salariés revendiquent plus", explique Gérard
Filoche, inspecteur du travail.
En outre, plusieurs livres, un film et l'écho donné
par la presse aux affaires de harcèlement moral
dans l'entreprise "aident les gens à parler", ajoute-t-il.
En juin dernier, les méthodes cassantes de la direction
coréenne de l'usine de tubes cathodiques de Daewoo
à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) avaient
fait grand bruit.
Les salariés qui revenaient de congés maladie étaient
mis en pénitence dans un service appelé "no division":
ils étaient affectés à des tâches subalternes comme
"tondre la pelouse", après être restés "assis dans
un bureau face à un Coréen, pendant des heures et
des heures sans rien faire".
Plus récemment, les salariés des hypermarchés Continent
de Perpignan et de Wasquehal, près de Roubaix, se
sont mis en grève pour, notamment, exiger de la
direction "un dialogue respectueux et courtois".
La RATP est aussi mise au banc des accusés par la
CGT qui, depuis juin dernier, dénonce les "discriminations"
dont sont victimes, selon elle, les salariées écartées
du guichet car jugées "trop grosses, trop jeunes,
trop noires, trop souvent enceintes ou absentes".
Auteur d'un ouvrage sur "Le harcèlement dans l'entreprise",
Marie-France Hirigoyen, psychiatre, explique que
cette méthode a pour but de "détruire l'autre" et
de "s'en débarrasser sans laisser de trace".
On profère des petites phrases assassines sur un
défaut physique, on suggère que le travail est mal
fait, on met le salarié au placard.
"Ressources humaines"
La pression psychologique peut conduire à la dépression,
voire au suicide de la victime, parfois sur le lieu
de travail, comme l'illustre le drame de ce salarié
de 34 ans retrouvé pendu en janvier 1997 dans les
locaux de la société Diamantine, une entreprise
de fabrication de peinture de Montluçon (Allier).
La Cour d'appel de Riom (Puy-de-Dôme) vient de décider
de marquer le coup en qualifiant ce suicide d'accident
du travail. Stéphène Jourdain et Albert Durieux
dressent aussi dans un livre, "L'entreprise barbare",
la panoplie des méthodes "raffinées, perverses ou
brutales" utilisées par les dirigeants pour pousser
les salariés à démissionner afin d'éviter une procédure
de licenciement contraignante et coûteuse.
Sur les écrans, c'est le film "Ressources humaines"
qui restitue avec vérité la brutalité des rapports
sociaux dans une entreprise et qui agit comme un
électrochoc sur les gens, souligne M. Filoche.
Les députés communistes ont déposé, en décembre
dernier, une proposition de loi destinée à "protéger
l'intégrité tant physique que morale et la dignité
du travailleur". Cette démarche a été approuvée
par la ministre de l'Emploi Martine Aubry, qui a
cité une étude révélant que les facteurs de pénibilité
mentale du travail augmentent depuis le début des
années 1990 et que la crainte des sanctions, ressentie
par 60% des salariés, apparaissait comme celui qui
pèse le plus.
Seul le harcèlement sexuel est un délit pénal depuis
1992.
"Une douzaine de cas" uniquement ont été jugés mais
une loi contre le harcèlement moral au travail "va
créer une référence et va avoir un effet dissuasif",
plaide M. Filoche.
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