| Le
harcèlement n'est pas l'apanage de la hiérarchie |
Derrière
le sourire de cette jeune femme brune, se cachent
des souffrances, et des sanglots.
En 1993, elle intègre une PME de Fiers-en-Escrebieux.
Secrétaire au service production, elle est
formée par une de ses collègues. «
Je me suis rapidement rendue compte qu'elle m'apprenait
exactement l'inverse de ce qui devait être
fait. Je commettais des erreurs remarquées
par mon chef de service. Très rapidement,
elle m'a dit que je prenais sa place dans l'entreprise.
»
L'employée engage un bras de fer avec la
nouvelle salariée. « C'était
complètement absurde. Nous avions du travail
pour deux. » Puisque la nouvelle était
censée prendre sa place, l'employée
va copier celle-ci. Elle s'habille de la même
façon, se teint les cheveux comme elle...
mais rapidement, les insultes succèdent au
mimétisme. « Constamment, elle critiquait
mon travail, essayait de me faire faire des erreurs.
» Jusqu'au sabotage du travail. «Elle
effaçait les commentaires que je pouvais
mettre, elle falsifiait mon travail. »
A aucun moment, la hiérarchie n'intervient.
Elle se contente de conseiller à la secrétaire
d'écrire ses notes au bic plutôt qu'au
crayon à papier pour éviter tout effacement!
Le personnel de l'entreprise préfère,
lui aussi, ne pas intercéder. « Les
autres ne voulaient pas voir ce qui se passait,
ils avaient peur qu'elle ne se retourne contre eux.
J étais le bouc émissaire et, finalement,
cela les arrangeait. On se sent très seul
à ce moment-là. »
Seule et déprimée. « Même
si on n'a pas un tempérament dépressif
au départ, on le devient. Les silences des
autres sont trop difficiles à supporter.
Et
puis un jour, elle m'a menacé à la
sortie de l'entreprise et j ai craqué. »
La secrétaire consulte son médecin
qui lui prescrit un arrêt maladie de deux
mois et alerte le médecin du travail. «
J'avais décidé de faire éclater
l'a ffaire et je me disais que, si la médecine
du travail était au courant, ma collègue
arrêterait son harcèlement J'ai également
adhéré à la CFDT. »
Pendant son absence, la « harceleuse »
se retourne contre la troisième secrétaire
qui, elle aussi, est contrainte de cesser le travail.
« Nos deux arrêts maladie ont complètement
paralysé l'entreprise, mais ont permis à
la hiérarchie de se rendre compte des conditions
de travail dans lesquelles nous travaillions. »
Finalement, l'affaire n'a pas été
portée devant les Prud'hommes. La direction
de l'entreprise a dû contraindre l'employée
à modifier son comportement. « Maintenant
cela se passe très bien, mais j'en ai beaucoup
voulu à mes patrons d'avoir attendu si longtemps,
de ne rien avoir dit alors qu'ils savaient pertinemment
ce qui se passait. »
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