|
Des salariés, parfois, portent plainte |
8 mars 2000: victime de pressions de la part de
ses chefs, une femme de ménage se défenestre.
Paraplégique, elle sera prise en charge par
la, sécurité sociale d'Épinal
au titre d'« accident du travail ».
25 février 2000 : la chambre sociale de la
cour d'appel de Riom condamne la caisse primaire
d'assurance maladie de l'Allier à prendre
en charge au titre d'accident du travail le décès
d'un salarié qui s'était donné
la mort dans son entreprise.
Comment définir ce mal qui provoque des ulcères
à l'estomac, entrave le bon fonctionnement
d'une entreprise, pousse à la faute, à
la démission et parfois au suicide ? «
Le harcèlement moral, pardi ! », s'exclame
Ma Thierry Couvreur, spécialisé dans
le droit du travail. Non reconnue voilà encore
dix-sept mois, cette calamité, décortiquée,
analysée, critiquée par la psychiatre
Marie-France Hirigoyen - son ouvrage, traduit en
quinze langues, s'est vendu à 180 000 exemplaires
en 1999 fait aujourd'hui l'objet d'innombrables
conversations, colloques, téléfilms,
thèses, procès, talkeshows, opuscules.
< Il faut empêcher les « serial harceleurs
» de se reproduire, neutraliser ces social
killers »
qui nous pourrissent l'atmosphère, encourager
ceux qui subissent cette lancinante « psychoterreur
» à porter plainte >, poursuit le
fougueux avocat.
« Par harcèlement moral sur le lieu
du travail, il faut entendre toute conduite abusive
se manifestant notamment par des comportements,
des gestes, des paroles, des actes, des écrits
pouvant porter atteinte à la dignité
ou à l'intégrité physique ou
psychique d'une personne, mettre en péril
l'emploi de celleci ou dégrader le climat
social», martèle MarieFrance Hirigoyen.
Ces brimades s'exercent aussi bien entre collègues,
que de supérieur à subordonné
et de subordonné à supérieur.
En l'absence de définitions légales
- seul le harcèlement sexuel est un délit
pénal et une infraction au code du travail,
et ce depuis 1992 - difficile d'apprécier
réellement qui est harcelé, de mettre
au point la moindre contre-attaque, d'évaluer
l'ampleur et le coût des dégâts
chez ces martyrs de L Entreprise barbare.
Selon une recherche menée par la Fondation
européenne, 9 % des salariés français
auraient été victimes d'intimidations
et d'avanies sur leur lieu de travail au cours des
douze précédents mois. « Depuis
notre création, en mars 2999, nous sommes
débordés par notre succès,
affirme la présidente de l'ANVHPT, Françoise
Pagano. Nous recevons une soixantaine d'appels par
semaine et 20 à 30 lettres par jour. »
« Nous ne sommes pas assez équipés
pour répondre correctement aux centaines
de demandes qui nous tombent sur la tête tous
les mois depuis notre création en février
1997, se plaint Michèle Drida, de l'association
Maux pour mots. Nous n'abandonnerons pas pour autant
notre mission: prévenir la détérioration
de la santé mentale et de l'exclusion du
monde du travail »
Si, pour Christophe Déjour, « le harcèlement,
l'injustice, la discrimination existent depuis longtemps
>, la nouveauté du phénomène
réside dans sa gravité et sa banalisation.
La peur du chômage, la crise qui frappe nos
économies, la pression de la concurrence
n'y sont pas étrangers.
|