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Jeudi
23 Mars 2000. la cour d'appel de Versailles reconnaît
le « harcélement moral » dont
était victime une salariée de Li Caisse
d'assurance maladie des Yvelines (maltraitée
par sa supérieure hiérarchique), comme
accident (fil travail. 8 mars 2000, le tribunal
d'Epinal accorde un jugement similaire à
une femme de ménage devenue paraplégique
après une tentative de suicide suite à
des pressions de ses patrons... Depuis quelques
mois, les procès se multiplient mettant au
banc des accusés ces « petits chefs
». ou simples « collègues »
coupables d'avoir exercé des pressions psychologiques
ou mentales répétées sur des
salariés. Et on voit même se multiplier
les grêves liées au harcèlement:
à la caisse d'allocation familiale de Dijon
et dans une autre CAF de Côte-d'Or, à
l'hypermarché Continent de Perpignian, dans
une entreprise de luminaires de Meurthe-et-Moselle...
Dans les consultations des médecins du travail
comme les permanences des inspecteurs du travail,
on ne parle presque plus que de cela.
Mais de quoi au juste? « De toute conduite
abusive qui porte atteinte par sa répétitions
à la dignité de la personne »,
résume la psychiatre Marie-France Hirigoyen,
devenue grande prêtresse du sujet depuis la
sortie de son livre « le Harcèlement
Moral ou la Violence perverse au quotidien »
(Ed. Syros).
Un phénomène qui s'accélère
Un best-seller vendu aujourd'hui à 180 000
exemplaires (et plus de 110 000 en format de poche)
! Au chapitre de ces conduites abusives injures,
menaces. propos qui ridiculisent en public, rétention
d'informations, ordinateurs bloqués volontairement...
Des pratiques particulièrement fréquentes,
selon cette experte, dans les administrations et
le secteur médico-social.
Un phénomène qui, sil n'est pas nouveau,
« s'accélère bel et bien »,
assure de son côté le sociologue Christophe
Dejours, qui « ausculte » depuis quinze
ans la « souffrance au travail ». «
De plus en plus de salariés en sont victimes
», à cause des exigences de compétitivité
du règne du chacun pour soi. Cibles favorites
des harceleurs selon lui: les salariés indésirables,
les fortes têtes, les femmes enceintes, les
syndicalistes... Avec des concéquences psychologiques
souvent terribles : insomnies, dépression,
voire suicides.
Plus ou moins ignoré jusqu'à présent
par les syndicats, ce « nouveau malaise »
des salariés est en passe de devenir un de
leurs chevaux de bataille. Alors que la CFDT organisait
hier un colloque à Paris, la CFTC s'apprête
a lancer, le 1°` mai, une campagne intitulée
« Appel à témoins » pour
« dénoncer toutes sortes de dérives
en matière de respect des personnes ».
Vers une définition plus rigoureuse de
ce « mal »
Effet de mode? Il y a un an. pourtant personne ou
presque n'en parlait Et puis, un documentaire, sur
France 3, filmant la grève des ouvrières
de Maryflo contre leur directeur, et le fameux livre
d'Hirigoyen ont serti de détonateur. A tel
point que l'auteur. lui-même, nous met en
garde contre un risque de dérive : «
Attention à ne pas mettre le harcèlement
à toutes les sauces ! Nous ne sommes pas
tous harcelés...» Un Avertissement
que reprennent aussi à leur compte un certain
nombre de syndicalistes, mais aussi de directeurs
des ressources humaines (DRH), soucieux de ne pas
voir défiler tous les salariés mal
dains leur peau, confondant stress, surcharge ou
insuffisance de travail avec le harcèlement
lui-même.
Du coup, certains réclament une définition
plus rigoureuse de ce « mal », en regrettant
que la ministre de l'Emploi. Martine Aubry, ne se
presse pas de légiférer. Mais aujourd'hui,
les « victimes » savent se faire entendre.
Et, visiblement, les tribunaux les écoutent
CATHERINE GASTE
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