| Des
délégués syndicaux ont essayé
hier à Paris de réfléchir sur
une pratique que l'on commence à dénoncer
dans le monde du travail
|
Face au harcèlement moral au travail, les
délégués syndicaux cherchent
à riposter, mais sont pour l'instant assez
désarmés devant un problème
auquel Ils sont de plus en plus confrontés.
Les syndicats sont concernés par ce phénomène
à deux titres. D'abord, les salariés
sont plus enclins à parler de harcèlement
moral car le tabou commence à tomber. Ensulte,
"la première personne prise à témoin
dans le cas d'un harcèlement au travail est
le délégué syndical", selon
MarieFrance Florand, professeur de psychosociologie
dans les entreprises, qui s'exprimait lors d'un
colloque sur le harcèlement moral en entreprise,
organisé hier à Paris par la CFDT.
Mais face à ce problème, les délégués
syndicaux sort largement Imputa sants.
"On fait comme on peut, on se refile la patate chaude",
reconnaît Michèle Orall, permanente
syndicale CFDT dans le Finistère. "Le harcèlement
moral nous met mal à l'aise car il nous est
un peu inconnu", poursuit la secrétaire générale
de la fédération CFDT chimie-énergie
de Paris, Mireille Toux.
Par harcèlement moral, on entend "toute conduite
abusive qui porte atteinte par sa répétition
à la dignité de la personne", selon
Marie-France Hirigoyen, psychiatre et auteur du
"Harcèlement moral". La personne harcelée
a besoin avant tout d'être écoutée,
note Mme Hirigoyen, et les syndicats, plutôt
habitués à faire passer de l'information,
ne sont pas préparés à cette
écoute.
Ainsi, les délégués syndicaux
disent leur impuissance: "J'ai recueilli des confidences
très difficiles à supporter, comme
celles de Nathalie, dont le bureau a été
progressivement vidé et à qui son
chef confiait un dossier à traiter en 24
heures au lieu d'une semaine", se rappelle la secrétaire
générale de la fédération
CFDT hôtellerie, tourisme et restauration
de la région lle-de-France, Elena Stanciu.
"Je n'avais pas nécessairement les mots pour
lui répondre. Aujourd'hui elle est suivie
par quatre médecins. Je vis ça comme
un échec personnel", avoue Mme Stanciu. Les
délégués syndicaux ont aussi
du mal à identifier le harcèlement.
La personne qui se dit harcelée n'est-elle
pas plutôt paranoïaque, ne confond-elle
pas harcèlement et nouvelles stratégies
de management ?
L'ouvrage de M'°° Hirigoyen, sorti en septembre
1998, a eu le mérite de clarifier la situation.
"Ce livre a mis un mot sur ce que vivaient des salariés
de l'entreprise et qu'on arrivait pas à identifier",
explique Martine Adam, élue CFDT, chargée
de renfort commercial à la B.N.P. à
Versailles. Aujourd'hui, Mme Adam, comme ses collègues
CFDT, réclame à corps et à
cris "une formation adaptée au harcèlement
moral pour ne plus être isolés". "Je
ne sais pas quels leviers actionner en tant que
syndicaliste: faire appel au médecin du travail,
parler directement avec le harceleur ou m'adresser
à un avocat ?", se demande Mme Adam.
A un problème individuel, la solution ne
peut qu'être collective, avance Mme Hirigoyen,
qui plaide en faveur des réseaux de professionnels.
Certains délégués syndicaux
estiment en outre qu'une loi pourrait les aider.
Le groupe communiste à l'Assemblée
nationale a ainsi déposé en décembre
une proposition de loi sur le harcèlement
moral au travail. "La loi poserait des limites aux
patrons et elle aurait le mérite de faire
parler plus de gens", estime Dominique, déléguée
CFDT dans la grande distribution. Toutefois, les
avis restent très partagés. Il existe
une loi sur le harcèlement sexuel, depuis
1992, et "ça n'empêche pas le harceleur
de harceler", a estimé Mme Toux.
|