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Elle
brise le mur du silence |
Vingt
pages noircies d'une petite écriture serrée
Vingt pages qui racontent le quotidien d'une femme
vivant sur les nerfs, l'enfer d'une quadragénaire
victime de harcèlement moral sur son lieu
de travail.
Y voir un exutoire de la part de la part de Françoise,
chef caissière à Soissons. A analyser
comme un cri jailli du fond du coeur au sortir de
six mois d'arrêt de travail pour dépression.
Une dépression carabinée ! En souligne
l'attestation de son médecin traitant. "Elle
(Françoise) présente un état
anxiodépressif majeur depuis mai 1899 suite
à des relations conflictuelles sur les Ileux
de travail ayant entraîné un amaigrissement
important et ayant nécessité un traitement
antidépresseur.
La souffrance psychologique décrite par le
best-seller de MarieFrance Hirigoyen ("Stop au harcélement
moral") - 180000 exemplaires vendus en 1989 - est
la même que celle qui taraude cette mère
de famille heureuse dans son emploi jusqu'à
ce lundi 19 mai 1999, date à laquelle est
arrivé son harceleur.
Propos déplacés, vexations quotidiennes,
très vite les journées de travail
sont devenues cauchemar. "Je lui ai dit que depuis
qu'il était arrivé j'avais l'impression
de ne plus savoir travailler car il nous faisait
commencer plusieurs choses à la fois et que
nous ne pouvions rien terminer (...) " . Petit è
petit l'employée bien notée par sa
direction perd pied. "(...) son plus grand plaisir
était celui de me vexer devant Ies clients,
et croyez que plusieurs fois j'ai failli éclater
en sanglots mais il fallait que je tienne le coup.
Un jour, excédé, son mari décide
de dénoncer Cette violence intime jusqu'ici
taboue. Un délégué syndical
CFDT est mis dans le coup. Dès lors, Françoise
a quelqu'un à qui confier ses malheurs de
salariés. Cette béquille psychologlque
l'incite à relever un peu la tête.
Françoise se décide à consulter.
"Mon mari m'a emmené chez le docteur, j'avais
déjà perdu 8 kilos, ma tension était
basse, j'étais dans un état anxiodépressif
(...) J'ai passé de sales moments et j'ai
fait souffrir ma famille (..) Mon mari qui est artisan
est resté trois mois à la maison pour
s'occuper de moi et de mes enfants (..) je ne pesais
plus que 40 kg.
Suivie médicalement, la chef caissière
s'est défait de son angoisse. Un entretien
avec un inspecteur du travail l'a convaincu de la
pertinence de sa démarche : dénoncer
haut et fort les faits. Depuis, grâce au délégué
syndical, son affaire, est remontée jusqu'aux
oreilles de sa hiérarchie. L'association
Harcèlement moral Stop (HMS) a enregistré
son histoire. Maintenant, Françoise attend
de son employeur qu'il la délivre de son
âme damnée. Sinon ? "Peut-être
irais-je devant les prud'homrnes ? c'est encore
à voir." !
B.BUSSIERE
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