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Le
stress est à la mode. Pas une semaine, depuis
la rentrée, sans qu'un magazine ou une émission
de télévision ne traite du phénomène.
Le sujet, il est vrai, concerne un grand nombre
de salariés. A en croire les instituts de
sondage -CSA et Sofres en tête-, les deux
tiers se sentent stressés par leur travail.
Un chiffre d'autant plus frappant que la question
était, il y a encore peu, taboue. Le stress
a longtemps été considéré
comme une faiblesse. Si un salarié était
stressé, c'est parce qu'il était débordé
par sa riche. Voire incompétent. Aujourd'hui,
les Français ri ont plus honte d'avouer haut
et fort qu'ils sont sous pression. « Avec
les 35 heures, nous sommes en train d'assister à
une véritable prise de conscience collective
du bienêtre », estime Michel Monroy,
auteur de La violence de l'excellence (1). Dans
le même temps, des voix commencent à
s'élever contre la logique actuelle des entreprises
qui, sous prétexte de satisfaire aux exigences
de leurs actionnaires, demandent toujours plus à
leurs employés. Tous les ingrédients
sont réunis pour que la révolte
éclate. » Et les cadres risquent d'en
être le fer de lance. De toutes les catégories
professionnelles, ce sont eux qui s'expriment le
plus sur la question. Ce n'est d'ailleurs pas un
hasard si de tous les partenaires sociaux, la CFE-CGC
est celui qui, de loin, s'investit le plus sur le
dossier.
Equilibre entre vie privée et travail.
Après avoir créé en avril dernier
un Observatoire du stress (voir Entreprise &
Canières n° 527), Ie syndicat a organisé
fin juillet dernier, à Nice, un colloque
sur le sujet qui a remporté un vif succès.
«Les jeunes cadres désirent atteindre
un équilibre entre leur vie privée
et leur vie professionnelle, remarque Alain Saubert,
président de l'Union départementale
CFE-CGC des AlpesMaritimes et organisateur du colloque.
Ils ne sont pas prêts aux mêmes sacrifices
que leurs aînés. En outre, avec la
pénurie actuelle de main d'oeuvre qualifiée,
ils ont moins peur de perdre leur emploi et sont,
du coup, plus revendicatifs » la preuve: la
structure d'accueil pour les victimes du stress
et du harcèlement moral récemment
mise en place par l'UD Alpes
Maritimes ne cesse de recevoir
des plaintes de cadres stressés. L'association
Harcèlement moral stop (HMS) vit le même
phénomène. «Des cadres n'hésitent
plus aujourd'hui à nous contacter, témoigne
Loïc Scoamec, le fondateur de HMS. La plupart
travaillent dans la finance et ne supportent plus
la pression. Trois directeurs généraux
adjoints nous ont également appelés.
»
Certains passent carrément à l'acte.
«Les cadres ont pris conscience qu'ils avaient
des droits. Et ils souhaitent désormais les
faire respectes. Dans la majorité des affaires
de stress, les choses se passent assez facilement.
Il suffit souvent au cadre de dire gentiment à
sa DRH qu'il juge qu' on lui remplit trop la barque
pour trouver un terrain d'entente. L'entreprise
ri a ni envie de perdre un bon élément,
ni de se lancer dans des procédures judi
ciaires », estime Yasmine Tarasewicz,
parmer au cabinet d'avocats d'affaires Proskauer
Rose.
Reste qu'en dehors de ce scénario idyllique,
la marge de manoeuvre du cadre reste très
limitée. Comme aucune disposition sur le
stress W est prévue dans le Code du travail,
les salariés peuvent biaiser, soit en attaquant
pour non-paiement d'heures supplémentaires
ou absence de repos compensateur, soit pour charge
de travail excessive. Autant de griefs qu'il est
cependant très difficile pour un cadre, compte
tenu de son statut et de la nature de ses fonctions,
de prouver.
"Forfait jour".
Ceux qui peuvent s'en sortir le mieux sont paradoxalement
ceux qui, dans le cadre des 35 heures, sont passés
au "forfait jour". Le législateur a prévu,
pour cette catégorie de cadres, la possibilité
de déposer un recours devant les Prud'hommes,
et de réclamer des indemnités s'ils
estiment ne pas recevoir une rémunération
correspondant à leur charge de travail (voir
Entreprise & Carrières n° 507).
« Pour l'instant, cette disposition légale
est peu connue. Mais dès que les cadres au
forfait en auront pris connaissance et se rendront
compte qu'ils travaillent avec ce nouveau dispositif
plus qu'avant, les procès ne vont pas manquer
de se multiplier», assure Roger Koskas, avocat
au cabinet Grumbach et associés.
Entreprises
préoccupées Une menace qui
a de quoi fifre frémir les entreprises. Selon
une enquête réalisée par Louis
Harris pour VediorBis (2). 71 % d'entre elles se
déclarent préoccupées par l'augmentation
du stress et des cadences. Pour autant, rares sont
celles qui tentent de résoudre le problème.
D'après un sondage mené en août
dernier sur le site internet RH info (3), 65,2%
des responsables ressources humaines avouent ne
pas avoir mis en place dans leur entreprise de dispositifs
pour combattre le stress; que ce soit des conférences
sur le sujet ou des séminaires de relaxation.
«Les entreprises françaises, notamment
dans le high-tech, vont être contraintes de
s'y mettre si elles veulent garder leurs salariés
et rester performantes, estime Yasmine Tarasewicz.
C'est déjà ce qui passe aux Etats-Unis.
»
« Lorsque nos experts-comptables sont trop
surmenés, ils ne sont pas disposés
à proposer de nouveaux services aux clients,
constate pour sa part Jean-Marc Jaumouillé,
secrétaire général du cabinet
nantais FPL AuditConseil (120 salariés).
Nous avons calculé qu'avec moins de stress,
notre
chiffre d'affaires
augmenterait de 5%.»
(1) Editions Hommes et perspectives, avril 2000.
(2) Sondage effectué en mai et juin derniers
auprès d'un échantillon de 800 dirigeants
d'entreprises de plus de S salariés.
(3) Enquête réalisée en août
dernier d'après 316 réponses de décideurs
RH. Les résultats sont disponibles sur le
site RH info<www.rhinfo.com>.
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