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laisser pourrir des mises au placard, on
peut en arriver à des situations
de harcèlement moral
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La
mise au placard de salariés, ou "gestion
par l'oubli", reflète les dysfonctionnements
d'une organisation et marque un constat d'échec
en matière de gestion des ressources humaines.
Fonction publique et entreprises privées
sont frappées par ce phénomène
des "chômeurs salariés". Dont souvent
les victimes ne sortent pas indemnes.
L'idée d'être payé à
ne rien faire peut séduire. Mais, petit problème:
lorsqu'on est mis au placard, il faut faire acte
de présence. Et cela devient très
vite une torture psychologique. Quelle que
soit sa place dans l'organigramme, le placardisé
à la désagréable sensation
de ne plus rien maîtriser, doute, se remet
en question, tourne en rond... Bref, le placard
"doré" n'existe pas. «Les placards
renvoient à un constat d'échec de
la gestion des ressources humaines. Cette gestion
par l'oubli est une solution de facilité.
Une bonne partie des mises au placard résultent
de dysfonctionnements organisationnels. C'est le
résultat de recrutements effectués
par copinage et de l'absence de définition
des objectifs de la mission», explique Eric
Fosse, DRH de France 3, qui a mis en place depuis
un an un vaste plan d'ouverture des placards de
la maison (lire encadré ci-contre).
Gestion
par l'oubli. si la capacité de la fonction
publique à s'affranchir des règles
du marché facilite cette "gestion par l'oubli"
quels que soit les profils de poste, la rigidité
de l'organisation favorise également les
mises sur la touche. Surtout pour ces profils dont
les compétences et la capacité à
innover perturbent et se retrouvent à un
moment en décalage avec les standards de
l'organisation (voir p.8). Dans le secteur privé,
certains aléas organisationnels expliquent
aussi des situations de mises sur la touche. C'est
notamment le cas des sociétés de conseil
et de développement informatiques qui gèrent
plus ou moins bien les périodes d'inter-contrats
de leurs consultants. Un "taux d'occupation
des consultatnts que les actionnaires ne manquent
pas de regarder avec attention. « Le coût
du licenciement d'un cadre supérieur ayant
vingt ans d'ancienneté ne constitue plus
un argument suffisant pour le conserver. Il y a
trois ans, les dernières poches de résistance
des grands groupes se sont vidées à
la faveur des mouvements de fusions », avance
Jean-Philippe Fauche, directeur du développement
d'Homme & Mobilité, cabinet spécialisé
dans l'outplacement et les bilans de compétences.
Jouer
le pourrissement Il reste que certaines entreprises
laissent pourrir des situations en rechignant à
licencier. Une façon d'apaiser les tensions
sociales. Er, avril 1999, IBM annonce un plan social
sur son usine de Corbeil-Essonnes (91).InfineonTechnologie,
la filiale servi-conducteurs de Siemens, prend 50
% du capital de l'usine rebaptisée Altis
Servi-conducteurs dont les effectifs passent de
2600 à 1800 salariés. Rentrés
chez IBM il y a en moyenne vingt ans, 32 salariés,
ayant à la fois refusé la proposition
de reclassement chez Altis Semiconducteurs et l'indemnité
financière de départ, se sont vus
proposer un reclassement interne dans un service
de reconditionnement de vieux PC créé
pour l'occasion dans l'Essonne. «Les situations
médicales ou sociales de la plupart des personnes
de ce service n'étaient pas compatibles avec
les nouveaux horaires de travail d'Altis Semiconducteurs.
II ne fait aucun doute que ce service est une forme
de placard collectif. Au cours de l'année
dernière, 1500 jours d'arrêt maladie
ont été déposés. On
est tout sauf un centre de profits. Aucun investissement
n'y est consenti. On se pose des questions quant
à notre avenir», souligne Michel Le
Bis, délégué CFDT de ce service
d'ailleurs "concurrencé" par l'association
Actif montée à l'initiative de préretraités
d'IBM et qui dorme et emploie des jeunes sans qualification
et des chômeurs longue durée à
la rénovation et la revente à bas
prix de micros usagers. Contactée par nos
soins, la direction d'IBM n'a pas souhaité
apporter son éclairage sur les conditions
de création et l'avenir de ce service de
reconditionnement.
Harcèlement
moral. A laisser pourrir des mises au placard,
on peut en arriver à des situations de harcèlement
moral. A l'image de Loic Scoarnec, 52 ans, salarié
d'un établissement financier depuis vingthuit
ans, qui travaille en moyenne deux heures par semaine
depuis octobre 1997. Dans ce cas, c'est la responsabilité
pénale de l'employeur qui pourrait être
à terme engagée. «J'ai été
affecté dans une direction du marketing qui
venait d'émerger suite à une réorganisation
interne. Je me suis entendu dire par le responsable
de cette direction : "Je ne sais pas pourquoi vous
êtes ici, je n'ai pas besoin de vous". Depuis,
je suis obligé de mendier quelques tâches
à des collègues travaillant dans d'autres
services. Je suis devenu un "chômeur d'entreprise".
Au fur et à mesure des nouvelles versions
de l'organigramme mon poste factice se rapproche
du massicot. Il est difficile de parler de sa situation
avec des collègues. On a l'impression d'être
un nuisible», raconte Loic Scoarnec qui tient
le coup en s'occupant de son association, Harcèlement
Moral Stop (1).
Dépoussiérage
à France 3 (encadré)
Appuyée par la direction générale,
la DRH de France 3 a en l'espace d'un an, ouvert
50 placards correspondant pour la plupart à
des postes de rédacteurs en chef. Quarante
de ces placardisés ont retrouvé de
véritables postes au sein du groupe, 5 ont
quitté la maison tandis que les cas de 5
autres sont en cours de traitement. «Se séparer
d'une personne n'est plus tabou. Vider les placards
ne suffit pas. II a fallu rénover les processus
de gestion RH pour éviter que ces situations
ne se reproduisent», explique Eric Fosse,
le DRH. Histoire d'en finir avec les recrutements
par copinage, c'est désormais un comité
collégial qui statue sur les embauches et
les évolutions de carrière. «Quand
le recrutement s'effectue sur d'autres critères
que celui des compétences, il y a un moment
ou un autre où ça coince »,
avertit Eric Fosse. Cette professionnalisation du
processus de recrutement s'accompagne aussi d'une
clarification des objectifs de chacun. En accord
avec la direction financière et pour inciter
à la responsabilisation, la masse salariale
est depuis plus d'un an ventilée à
un niveau régional. Fini le temps où
la masse salariale était globale et où
un responsable régional pouvait se contenter
de mettre un salarié "à disposition
du service du personnel" sans qu'on lui demande
des comptes. Le 2 mai prochain, Eric Fosse prendra
le poste de directeur adjoint des RH du groupe France
Télévision. II est fort à parier
que cette démarche d'assainissement des pratiques
s'étende à France 2.
(I) <www.hmstop.com>.
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