Harcèlement Moral Stop

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Le Parisien (31 Mars 2000)

Le harcèlement moral sous surveillance.

Jeudi 23 Mars 2000, la cour d'appel de Versailles reconnaît le "harcélement moral" dont était victime une salariée de La Caisse d'assurance maladie des Yvelines (maltraitée par sa supérieure hiérarchique), comme accident du travail.

Le 8 mars 2000, le tribunal d'Epinal accorde un jugement similaire à une femme de ménage devenue paraplégique après une tentative de suicide suite à des pressions de ses patrons... Depuis quelques mois, les procès se multiplient mettant au banc des accusés ces "petits chefs" ou simples "collègues" coupables d'avoir exercé des pressions psychologiques ou mentales répétées sur des salariés. Et on voit même se multiplier les grêves liées au harcèlement : À la caisse d'allocation familiale de Dijon et dans une autre CAF de Côte-d'Or, à l'hypermarché Continent de Perpignian, dans une entreprise de luminaires de Meurthe-et-Moselle... Dans les consultations des médecins du travail comme les permanences des inspecteurs du travail, on ne parle presque plus que de cela.

Mais de quoi au juste ? "De toute conduite abusive qui porte atteinte par sa répétitions à la dignité de la personne", résume la psychiatre Marie-France Hirigoyen, devenue grande prêtresse du sujet depuis la sortie de son livre "Le Harcèlement Moral ou la Violence perverse au quotidien" (Ed. Syros).

Un phénomène qui s'accélère

Un best-seller vendu aujourd'hui à 180 000 exemplaires (et plus de 110 000 en format de poche) ! Au chapitre de ces conduites abusives injures, menaces. propos qui ridiculisent en public, rétention d'informations, ordinateurs bloqués volontairement... Des pratiques particulièrement fréquentes, selon cette experte, dans les administrations et le secteur médico-social.

Un phénomène qui, sil n'est pas nouveau, "s'accélère bel et bien", assure de son côté le sociologue Christophe Dejours, qui "ausculte" depuis quinze ans la "souffrance au travail". "De plus en plus de salariés en sont victimes", à cause des exigences de compétitivité du règne du chacun pour soi. Cibles favorites des harceleurs selon lui : Les salariés indésirables, les fortes têtes, les femmes enceintes, les syndicalistes... Avec des concéquences psychologiques souvent terribles : Insomnies, dépression, voire suicides.

Plus ou moins ignoré jusqu'à présent par les syndicats, ce "nouveau malaise" des salariés est en passe de devenir un de leurs chevaux de bataille. Alors que la CFDT organisait hier un colloque à Paris, la CFTC s'apprête a lancer, le 1er mai, une campagne intitulée "Appel à témoins" pour "dénoncer toutes sortes de dérives en matière de respect des personnes".

Vers une définition plus rigoureuse de ce "mal" !

Effet de mode ? Il y a un an pourtant personne ou presque n'en parlait. Et puis, un documentaire, sur France 3, filmant la grève des ouvrières de Maryflo contre leur directeur, et le fameux livre d'Hirigoyen ont serti de détonateur. À tel point que l'auteur lui-même, nous met en garde contre un risque de dérive : "Attention à ne pas mettre le harcèlement à toutes les sauces ! Nous ne sommes pas tous harcelés...". Un Avertissement que reprennent aussi à leur compte un certain nombre de syndicalistes, mais aussi de directeurs des ressources humaines (DRH), soucieux de ne pas voir défiler tous les salariés mal dains leur peau, confondant stress, surcharge ou insuffisance de travail avec le harcèlement lui-même.

Du coup, certains réclament une définition plus rigoureuse de ce "mal", en regrettant que la ministre de l'Emploi. Martine Aubry, ne se presse pas de légiférer. Mais aujourd'hui, les "victimes" savent se faire entendre. Et, visiblement, les tribunaux les écoutent !

Catherine GASTE

 

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