Harcèlement Moral Stop

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Le Dauphiné Libéré (31 Mars 2000)

La question du harcèlement moral.

Des délégués syndicaux ont essayé hier à Paris de réfléchir sur une pratique que l'on commence à dénoncer dans le monde du travail .

Face au harcèlement moral au travail, les délégués syndicaux cherchent à riposter, mais sont pour l'instant assez désarmés devant un problème auquel Ils sont de plus en plus confrontés.

Les syndicats sont concernés par ce phénomène à deux titres. D'abord, les salariés sont plus enclins à parler de harcèlement moral car le tabou commence à tomber. Ensulte, "la première personne prise à témoin dans le cas d'un harcèlement au travail est le délégué syndical", selon Marie France Florand, professeur de psychosociologie dans les entreprises, qui s'exprimait lors d'un colloque sur le harcèlement moral en entreprise, organisé hier à Paris par la CFDT. Mais face à ce problème, les délégués syndicaux sort largement Imputa sants.

"On fait comme on peut, on se refile la patate chaude", reconnaît Michèle Orall, permanente syndicale CFDT dans le Finistère. "Le harcèlement moral nous met mal à l'aise car il nous est un peu inconnu", poursuit la secrétaire générale de la fédération CFDT chimie-énergie de Paris, Mireille Toux.
Par harcèlement moral, on entend "toute conduite abusive qui porte atteinte par sa répétition à la dignité de la personne", selon Marie-France Hirigoyen, psychiatre et auteur du "Harcèlement moral". La personne harcelée a besoin avant tout d'être écoutée, note Mme Hirigoyen, et les syndicats, plutôt habitués à faire passer de l'information, ne sont pas préparés à cette écoute.

Ainsi, les délégués syndicaux disent leur impuissance: "J'ai recueilli des confidences très difficiles à supporter, comme celles de Nathalie, dont le bureau a été progressivement vidé et à qui son chef confiait un dossier à traiter en 24 heures au lieu d'une semaine", se rappelle la secrétaire générale de la fédération CFDT hôtellerie, tourisme et restauration de la région lle-de-France, Elena Stanciu. "Je n'avais pas nécessairement les mots pour lui répondre. Aujourd'hui elle est suivie par quatre médecins. Je vis ça comme un échec personnel", avoue Mme Stanciu. Les délégués syndicaux ont aussi du mal à identifier le harcèlement. La personne qui se dit harcelée n'est-elle pas plutôt paranoïaque, ne confond-elle pas harcèlement et nouvelles stratégies de management ?

L'ouvrage de Marie-France Hirigoyen, sorti en septembre 1998, a eu le mérite de clarifier la situation. "Ce livre a mis un mot sur ce que vivaient des salariés de l'entreprise et qu'on arrivait pas à identifier", explique Martine Adam, élue CFDT, chargée de renfort commercial à la BNP à Versailles. Aujourd'hui, Mme Adam, comme ses collègues CFDT, réclame à corps et à cris "une formation adaptée au harcèlement moral pour ne plus être isolés". "Je ne sais pas quels leviers actionner en tant que syndicaliste : faire appel au médecin du travail, parler directement avec le harceleur ou m'adresser à un avocat ?", se demande Mme Adam.

À un problème individuel, la solution ne peut qu'être collective, avance Mme Hirigoyen, qui plaide en faveur des réseaux de professionnels.

Certains délégués syndicaux estiment en outre qu'une loi pourrait les aider. Le groupe communiste à l'Assemblée nationale a ainsi déposé en décembre une proposition de loi sur le harcèlement moral au travail. "La loi poserait des limites aux patrons et elle aurait le mérite de faire parler plus de gens", estime Dominique, déléguée CFDT dans la grande distribution. Toutefois, les avis restent très partagés. Il existe une loi sur le harcèlement sexuel, depuis 1992, et "ça n'empêche pas le harceleur de harceler", a estimé Mme Toux.

 

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