Harcèlement Moral Stop

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Entreprises & Carrières (14 Novembre 2000)

Ras le stress !

Le stress est à la mode. Pas une semaine, depuis la rentrée, sans qu'un magazine ou une émission de télévision ne traite du phénomène. Le sujet, il est vrai, concerne un grand nombre de salariés. À en croire les instituts de sondage CSA et Sofres en tête, les deux tiers se sentent stressés par leur travail.

Un chiffre d'autant plus frappant que la question était, il y a encore peu, taboue. Le stress a longtemps été considéré comme une faiblesse. Si un salarié était stressé, c'est parce qu'il était débordé par sa riche. Voire incompétent. Aujourd'hui, les Français ri ont plus honte d'avouer haut et fort qu'ils sont sous pression. "Avec les 35 heures, nous sommes en train d'assister à une véritable prise de conscience collective du bienêtre", estime Michel Monroy, auteur de "La violence de l'excellence" (1). Dans le même temps, des voix commencent à s'élever contre la logique actuelle des entreprises qui, sous prétexte de satisfaire aux exigences de leurs actionnaires, demandent toujours plus à leurs employés. Tous les ingrédients sont réunis pour que la révolte éclate. Et les cadres risquent d'en être le fer de lance. De toutes les catégories professionnelles, ce sont eux qui s'expriment le plus sur la question. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si de tous les partenaires sociaux, la CFE-CGC est celui qui, de loin, s'investit le plus sur le dossier.

Equilibre entre vie privée et travail.

Après avoir créé en avril dernier un Observatoire du stress (voir Entreprise & Canières n° 527), Ie syndicat a organisé fin juillet dernier, à Nice, un colloque sur le sujet qui a remporté un vif succès. "Les jeunes cadres désirent atteindre un équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle, remarque Alain Saubert, président de l'Union départementale CFE-CGC des AlpesMaritimes et organisateur du colloque. Ils ne sont pas prêts aux mêmes sacrifices que leurs aînés. En outre, avec la pénurie actuelle de main d'oeuvre qualifiée, ils ont moins peur de perdre leur emploi et sont, du coup, plus revendicatifs" la preuve : La structure d'accueil pour les victimes du stress et du harcèlement moral récemment mise en place par l'UD Alpes Maritimes ne cesse de recevoir des plaintes de cadres stressés. L'association Harcèlement moral stop (HMS) vit le même phénomène. "Des cadres n'hésitent plus aujourd'hui à nous contacter, témoigne Loïc Scoamec, le fondateur de HMS. La plupart travaillent dans la finance et ne supportent plus la pression. Trois directeurs généraux adjoints nous ont également appelés".

Certains passent carrément à l'acte. "Les cadres ont pris conscience qu'ils avaient des droits. Et ils souhaitent désormais les faire respectes. Dans la majorité des affaires de stress, les choses se passent assez facilement. Il suffit souvent au cadre de dire gentiment à sa DRH qu'il juge qu' on lui remplit trop la barque pour trouver un terrain d'entente. L'entreprise ri a ni envie de perdre un bon élément, ni de se lancer dans des procédures judi ciaires", estime Yasmine Tarasewicz, parmer au cabinet d'avocats d'affaires Proskauer Rose.

Reste qu'en dehors de ce scénario idyllique, la marge de manoeuvre du cadre reste très limitée. Comme aucune disposition sur le stress n'est prévue dans le Code du travail, les salariés peuvent biaiser, soit en attaquant pour non-paiement d'heures supplémentaires ou absence de repos compensateur, soit pour charge de travail excessive. Autant de griefs qu'il est cependant très difficile pour un cadre, compte tenu de son statut et de la nature de ses fonctions, de prouver.

"Forfait jour"

Ceux qui peuvent s'en sortir le mieux sont paradoxalement ceux qui, dans le cadre des 35 heures, sont passés au "forfait jour". Le législateur a prévu, pour cette catégorie de cadres, la possibilité de déposer un recours devant les Prud'hommes, et de réclamer des indemnités s'ils estiment ne pas recevoir une rémunération correspondant à leur charge de travail (voir Entreprise & Carrières n° 507).

"Pour l'instant, cette disposition légale est peu connue. Mais dès que les cadres au forfait en auront pris connaissance et se rendront compte qu'ils travaillent avec ce nouveau dispositif plus qu'avant, les procès ne vont pas manquer de se multiplier", assure Roger Koskas, avocat au cabinet Grumbach et associés.

Entreprises préoccupées

Une menace qui a de quoi faire frémir les entreprises. Selon une enquête réalisée par Louis Harris pour VediorBis (2). 71% d'entre elles se déclarent préoccupées par l'augmentation du stress et des cadences. Pour autant, rares sont celles qui tentent de résoudre le problème. D'après un sondage mené en août dernier sur le site internet RH info (3), 65,2% des responsables ressources humaines avouent ne pas avoir mis en place dans leur entreprise de dispositifs pour combattre le stress; que ce soit des conférences sur le sujet ou des séminaires de relaxation. "Les entreprises françaises, notamment dans le high-tech, vont être contraintes de s'y mettre si elles veulent garder leurs salariés et rester performantes, estime Yasmine Tarasewicz. C'est déjà ce qui passe aux Etats-Unis".

"Lorsque nos experts-comptables sont trop surmenés, ils ne sont pas disposés à proposer de nouveaux services aux clients, constate pour sa part Jean-Marc Jaumouillé, secrétaire général du cabinet nantais FPL AuditConseil (120 salariés). Nous avons calculé qu'avec moins de stress, notre chiffre d'affaires augmenterait de 5%".

(1) Editions Hommes et perspectives, avril 2000.

(2) Sondage effectué en mai et juin derniers auprès d'un échantillon de 800 dirigeants d'entreprises de plus de S salariés.

(3) Enquête réalisée en août dernier d'après 316 réponses de décideurs RH. Les résultats sont disponibles sur le site RH info www.rhinfo.com

 

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