Harcèlement Moral Stop

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Top Santé (Septembre 2003)

J'ai été harcelée moralement.

Des mots blessants, une charge de travail abusive, une manipulation qui détruit à petit feu... Durant vingt ans, Nathalie a été harcelée moralement. À 55 ans, elle a gagné son procès et tente désormais de se reconstruire.

"Le suicide m'est apparu comme l'ultime solution pour échapper à l'enfer que je vivais à mon travail. J'étais à bout de force, écrasée par tant d'injustices que je n'ai pensé ni à mes trois enfants, ni à mon mari. Heureusement, il est pompier volontaire et il m'a trouvée à temps. C'était en octobre 1957". Pourtant, lorsque Nathalie entre dans cette multinationale comme télexiste en 1950, elle est appréciée de tous. On la choisit d'ailleurs pour remplacer pendant plusieurs mois une secrétaire malade.

Mon travail est sans cesse critiqué !

"C'est à son retour que mes soucis commencent, car on continue a me surcharger de tâches de secrétariat, en plus de mon travail. Sans que je comprenne pourquoi, l'ambiance se dégrade peu à peu. Comme j'ignore tout du harcèlement moral, je demande à être mutée sur un autre site. Mes requêtes sont rejetées, jusqu'au jour où l'on me propose un poste de standardiste à trois heures aller-retour de chez moi : Un remplacement de six mois avant d'avoir un poste plus près, me promet-on". À peine arrivée, on exige d'elle des tâches impossibles, comme tenir à la fois le standard au quatrième étage et gérer les télex au rez-de-chaussée. Son travail est systématiquement critiqué. Quant au délai de six mois, il n'en est plus question. La jeune femme souffre de plus en plus d'être mal aimée et fait des cauchemars. Elle n'en souffle mot à personne et à la maison tente de faire illusion. Jusqu'à sa tentative de suicide... Le temps de se remettre. Nathalie part en formation : BTS secrétariat commercial et comptabilité, puis revient dans l'entreprise comme assistante de gestion. "J'ai toujours trois heures de trajet, mais mon nouveau chef est charmant et je travaille sereinement. Aussi, à sa demande, je quitte le syndicat auquel j'adhérais. Je réalise aussi que c'était certainement une des raisons de mon malheur. J'étais à Lille, la bête noire à éliminer. Ce que confirme l'arrivée d'un nouveau responsable, expert en humiliation".

J'en arrive à penser que je ne vaux rien !

"En effet, tandis que les autres secrétaires ne travaillent jamais pour plus de huit personnes, j'en assiste dix-huit, et je ne fais jamais assez vite, ni assez bien. Étant d'origine vietnamienne, j'ai changé mon prénom Lanh pour Nathalie en épousant un Français. J'entends : Vous êtes mieux payée ici que là-bas, alors ne vous plaignez pas ! On m'impose de surcroît des tâches d'entretien, comme nettoyer les ateliers poussiéreux ou ramasser les vêtements sales des ingénieurs. Dans la salle de démonstration, c'est à moi d'effacer le tableau noir devant les clients, sachant que, vu ma petite taille, je dois grimper sur une chaise, y compris lorsque je suis en jupe. Sans parler du mot de passe de mon ordinateur, modifié sans m'en avertir. Résultat : pas un jour sans que je ne pleure dans les toilettes. Mes collègues ne me parlent plus. À la cantine, je déjeune seule. Par peur de perdre leur emploi, ils se sont rangés du côté de l'employeur. J'ai tant perdu confiance en moi que j'en arrive à donner raison à mes chefs, et à penser que je ne vaux vraiment rien".

Un premier pas : se défendre et résister

Nathalie doit son salut à son généraliste qui, en 2000, lui parle de harcèlement moral et d'une association de victimes (Harcèlement Moral Stop). "Quel soulagement... Dès lors, sur leurs conseils, je commence à me défendre. Je note la moindre critique, j'envoie des lettres recommandées les dénonçant, je collecte les témoignages de collègues retraités qui ne redoutent plus de s'exprimer, et je prends un avocat". Pourquoi avoir tant attendu ? "Au début, j'avais le réel espoir d'être mutée dans un autre poste, puis je redoutais d'être licenciée et de ne plus pouvoir offrir des études à mes enfants. Vers 50 ans, j'ai craint de rester au chômage jusqu'à la retraite si je partais. Au final, le tribunal des prud'hommes a reconnu le harcèlement moral et le caractère abusif du licenciement. Quant à mon arrêt maladie, il a été admis comme accident du travail".

Un an après, Nathalie se sens abîmée. Et elle ne sait pas si un jour elle retravaillera tant cela l'angoisse. Ses harceleurs hantent toujours ses nuits, bien que cela fasse trois ans qu'elle ai quitté la société. Avec son psychiatre, elle essaie d'effacer ces violences pour réparer la femme derrière l'employée bafouée. La reconnaissance juridique des faits l'y aide.

Véronique HOUGUET

 

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