Harcèlement Moral Stop

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Esprit Femme (Novembre 2005)

Quand c’est l’enfer au boulot

Humiliées, dévalorisées, discréditées, brimées et parfois même insultées… Ces femmes ont subi ou supportent encore les foudres d’un supérieur tyrannique ou les avances de collègues pervers. Victimes de harcèlement moral ou sexuel, elles témoignent courageusement à visage découvert, parce qu’aujourd’hui, elles ont compris : ce n’est pas à elles d’avoir honte !

Basculer du statut d’employé modèle à celui de vilain petit canard de l’entreprise ne tien parfois qu’à un changement de direction, un petit désaccord ou une tête qui ne revient pas… Il suffit d’un supérieur caractériel ou d’un collègue sadique pour que tout dégénère. L’entreprise devient alors le lieu d’une torture en bonne et due forme où le bourreau agit en toute impunité. Fort de son statut hiérarchique ou soutenu par une direction complice, il sait que personne n’osera prendre le parti de sa victime, au risque d’être harcelé et « placardisé » à son tour. Il peut donc s’en donner à cœur joie !!
Sa proie, elle, met souvent des mois à prendre conscience de son harcèlement, convaincue de sa culpabilité et de son incompétence. C’est là tout l’art de la manipulation et du conditionnement… La plupart finissent par démissionner ou demander leur mutation, à bout de force. Certaines réagissent et portent l’affaire devant les Prud’hommes. Toutes auront besoin d’années de psychothérapie pour se reconstruire et se réconcilier avec le monde du travail.

Hélène, 43 ans
Sa popularité au sen d’un établissement scolaire lui a coûté cher.

« J’avais effectué quelques années auparavant un Contrat Emploi Solidarité dans cet établissement, et j’ai eu la possibilité d’y retravailler. L’ensemble de l’équipe était ravi de me voir. Seule ma supérieure hiérarchique, nouvellement mutée, a semblé contrariée par mon arrivée. Elle me mit très vite des bâtons dans les roues : esprit de contradiction permanent, reproches infondés, réflexions humiliantes et autres coups bas ont constitué pendant trois ans mon quotidien.
A mes sollicitations, le directeur répliqua qu’il ne voulait pas faire de vagues et finit même par prendre le parti de mon « bourreau » dans l’espoir que je demande ma mutation. Des apports injustifiés et diffamants me sont remis. Mais je me refuse à partir avec un dossier qui me marque au fer rouge.
Janvier 2000 : je suis isolée dans un bureau du premier étage. Je craque une première fois et suis arrêtée par un psychiatre pendant deux mois.
S’ensuivent une tentative de suicide et des périodes d’anorexie. Un peu remise et soutenue par des collègues, je décide de reprendre mes fonctions, mais je m’effondre de nouveau. Après un troisième malaise, je ne remettrai plus les pieds dans cet établissement. Je décide de déposer une requête au tribunal administratif pour obtenir le retrait des propos diffamatoires inscrits dans mon dossier. Malheureusement, en février 2005, je suis déboutée…
Aujourd’hui, j’ai réussi à me reconstruire grâce à une longue psychothérapie, et je travaille dans un centre administratif où je suis parfaitement intégrée et respectée. »

Jackie, 50 ans
Aide-soignante dans une maison de retraite, elle dénonce les maltraitance.

« Lettres recommandées injustifiées, menaces de morts anonymes, coups de téléphone intimidants, mise à pied de trois mois…
Tel a été mon quotidien pendant six années. J’étais aide-soignante depuis un an dans une maison de retraite lorsque mon cauchemar a commencé. J’avais constaté des maltraitances sur les personnes âgées et les avais immédiatement signalées à mes supérieurs. La directrice et cinq employés, certainement impliqués, ont alors déployé tous leurs efforts afin de me faire taire et, surtout, de me pousser à la démission. Un scénario abracadabrant pour m’effrayer : me suivre lors de mes gardes de nuit et faire claquer les portes derrière moi comme dans un mauvais film d’horreur…
Mais je n’ai jamais cédé à ces pressions. J’ai fait de nombreux courriers à l’inspection du travail, au conseil général et autres instances… Et la directrice a finalement été mutée.
J’ai soufflé un an grâce à un directeur et soucieux du bien-être des résidents, même si mes cinq bourreaux toujours présents continuaient leur harcèlement. Et puis un troisième directeur a été nommé et les dysfonctionnements ont repris de plus belle ! Fait le plus grave : des médicaments étaient régulièrement subtilisés de manière à m’accuser de ne pas faire mon travail correctement, mettant ainsi la vie des personnes âgées en danger. J’ai dénoncé ces faits à la justice et, bizarrement, j’ai vite reçu une lettre de licenciement, d’ailleurs qualifié « d’abusif », il a peu aux Prud’hommes. Aujourd’hui, je poursuis la procédure dans l’espoir de faire reconnaître mon harcèlement. Même si cette bataille a été douloureuse, je n’ai pas perdu mon intégrité, ce qui est le plus important. »

Marie-Claude, 52 ans
Reléguée au sous-sol, elle souffre de son isolement, mais refuse de baisser les bras. Démissionner serait leur donner raison.

« Depuis trois ans déjà, je suis isolée dans un sous-sol sombre qui servait jusque-là de débarras… J’ai pourtant travaillé pendant quinze ans pour cette collectivité locale dans une ambiance sereine et cordiale. Jusqu’au changement de direction… Ma nouvelle supérieure hiérarchique prend alors en grippe l’un de mes collègues à temps partiel et décide, pour lui nuire, de calculer désormais la prime annuelle au prorata du nombre d’heures effectuées. Moi-même à mi-temps, je réagis et le pousse à porter plainte avec moi au Tribunal administratif. Nous gagnons…
C’et là que mon supplice commence : congés accordés sous certaines conditions, notation moins bonne, titillements au quotidien.
Je prends sur moi. Et, puis très vite, le conflit prend une nouvelle tournure. Lors d’une promotion, on m’accuse d’avoir falsifié la signature du directeur ! Me voilà assignés au Conseil de discipline, qui me donne finalement raison. La direction me met tout de même à pied, en demi traitement, et me rétrograde ! Ils pensent ainsi me décourager et me pousser à la démission, mais je saisis le Tribunal administratif en référé. Résultat ? Je gagne de nouveau.
Cela ne les freine pas pour autant : je suis certes réembauchée, mais installée au niveau 1 au milieu des scooters et des vieux panneaux d’affichage, avec une nouvelle fonction : gérer les archives !
Interdiction pour mes collègues de descendre, sous prétexte de confidentialité. Là, je suis à bout. J’entame à ce moment là des procédures – neuf au total – pour lutter contre cette injustice criante et d’autres coups bas. Je gagne systématiquement. Et cependant, aussi incroyable que cela puisse paraître, je suis aujourd’hui toujours isolée dans ce sous-sol, la direction ne tenant absolument pas compte des décisions de justice.
Quelques collègues sont heureusement restés neutres dans cette histoire, mais la majorité a pris le parti de la direction, souvent par peur des représailles…
Certes, faire le vide autour de moi est un bon moyen de pression, mais même si j’en souffre énormément, je refuse de baisser les bras. Démissionner leur ferait trop plaisir. Ce serait leur donner raison.
Soutenue par une association, j’espère voir la fin de ce cauchemar dans les mois qui viennent. D’ailleurs à ce titre, j’ai lancé une procédure pour harcèlement avec de nombreuses preuves à l’appui. »

C. BLAIZE et L. MARESCAUX

 

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