Harcèlement Moral Stop

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La Dépêche du midi du (28 Septembre 2006)

CASTRES
Justice. Premier dossier du genre au tribunal correctionnel.

Il harcelait ses collègues

Ce fut une première pour le tribunal de Grande instance de la ville. En audience, il a examiné pour la première fois une affaire de « harcèlement moral et dégradation des conditions de travail ». Les faits reprochés se sont produits sur une période couvrant les années 2002, 2003, et 2004 au sein d’une entreprise Castraise.
Ce dossier a fait l’objet d’un long et consciencieux examen par le tribunal, durant près de trois heures. Pour la partie civile, étaient présentes les deux victimes, une comptable quinquagénaire et une assistante commerciale. Trois témoins étaient prévus, mais un n’avait pas pu se libérer. Qu’à cela ne tienne. Aux côtés d’autres, leurs auditions figuraient de toute façon dans les pages d’un volumineux dossier. A l’instar de celles des victimes d’ailleurs. « Les gens autour de moi me trouvaient changés ; j’avais des nœuds au ventre quand j’allais travailler », y indiquait ainsi l’assistante commerciale. Défendu par Maître R., le prévenu était entré dans la société en 1984 ; il en assume la gestion à compter de 1993 (suite à un dépôt de bilan). En 1998, second dépôt de bilan et reprise par les salariés. Il devient gérant de l’entreprise, jusqu’en mars 2000. Puis, en raison de problèmes personnels et familiaux graves, le gérant redevient alors « commercial ». Celui qui prend le relais, démissionne finalement quelque temps plus tard pour de sérieuses incompatibilités d’humeur : « il a des colères qu’il ne peut contrôler », dit-il. Par ailleurs entendu par les gendarmes sur le comportement du prévenu vis-à-vis des victimes, son témoignage n’est pas tendre : « il s’est acharné sur mme… toujours d’un ton très agressif, très violent. La personne tremblait, pleurait parfois ».

VERITABLE PREDATEUR

« Ce monsieur a démissionné parce qu’il rachetait une autre société deux jours plus tard, explique le cadre (depuis lui aussi licencié). Je sers de bouc émissaire. J’ai voulu régler des problèmes en interne. Je reconnais que j’ai été très exigeant ; je me suis investi énormément dans le travail ; c’était une sorte d’exutoire. »

Agacé, le Ministère public lui lancera : « vous nous avez beaucoup parlé de vous… que de vous ! » « Est-ce que vous avez conscience du pourquoi vous êtes là ? », ajoute le président. « Laissez de côté gestionnaire, au moins le temps de l’audience, le gestionnaire, pour s’intéresser au côté humain », insiste le procureur. « Invivable, ingérable, insupportable », sont les qualificatifs utilisés par les témoignages des salariés de l’entreprise. D’autres passages sont du même acabit : « ne sachant pas dissocier sa vie privée et sa vie professionnelle » ; « tendance à péter les plombs » ; « quand il se met sur quelqu’un, il ne le lâche plus ». « Si par ma façon d’être j’ai pu la rendre malheureuse ou malade, j’en suis le premier désolé, mais jamais ce ne fut intentionnel », indique le concerné.
« Le substitut a bien traité ce dossier dans ses détails, avec un sens aigu des psychologies, note l’avocate des victimes, Me Judith Almaric-Zermati. Cet homme s’est comporté comme un véritable prédateur. Sa stratégie reste classique : il s’inscrit dans le déni ou se pose, lui, comme victime d’une machination de cette équipe de femmes ». La défense a plaidé la relaxe au motif de la prescription des faits. « D’autres parties du code pénal permettent de sanctionner le comportement de l’agresseur, affirme l’avocate. La plus âgée a subi une véritable dépersonnalisation. La reconnaissance du statut de victime serait déjà énorme pour elle ».
Le Ministère public a laissé la condamnation à l’appréciation des magistrats. La décision a été mise en délibéré au 19 octobre.

Serge BOULBES

 

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