Harcèlement Moral Stop

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Closer #95 (15 Avril 2007)

C’est mon histoire… Cécile, 44 ans : « mon travail a failli me conduire au suicide»

« Je me souviens de ce cutter que je gardais dans le tiroir de mon bureau. Plus la situation empirait, plus je me disais que ce tiroir renfermait la solution à tous mes problèmes. Je me disais qu’il me suffisait de me trancher les veines pour en finir une fois pour toutes »

On a du mal à imaginer qu’elle a pu descendre aussi bas ; Cécile elle-même a du mal à assumer les idées noires qui l’ont terrassée l’an dernier. Cette petit blonde, souriante et déterminée, nous reçoit dans un coquet appartement bardé de photos et de dessins de son fils de 7 ans.

« C’est lui qui m’a sauvée, dit elle. Et la médecine du travail... » Pendant plusieurs mois, une collègue a empoisonné son quotidien sous les yeux de son employeur.
Mais en 2006, plutôt que de craquer, cette maman a décidé de demander de l’aide. Un réflexe de survie. Médecins, associations, avocats et même m’inspection du travail l’ont aidé à analyser son malaise. Cécile serait, semble t’il, victime de harcèlement moral. C'est-à-dire, au regard de la loi, d’une « dégradation des conditions de travail pouvant porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé ou à l’avenir professionnel ». Ce nouveau boulot semblait si prometteur, pourtant.
A l’automne 2004, Cécile décroche un poste d’assistante dans le bâtiment dans une petite entreprise des hauts-de-Seine. Un remplacement de congé maternité.
Tout se déroule si bien que son employeur lui propose de la titulariser. « L’idée de travailler avec cette salariée qui revenait de congé me plaisait bien, assure Cécile. C’est vrai que mon employeur m’avait dit que ce serait « dur », qu’elle était « compliquée », et que personne n’avait tenu le poste avant. J’aurais dû me méfier ».

« On m’a volé ma confiance en moi... »

Cécile tente d’abord de sympathiser avec sa nouvelle collègue. Mais elle a tout de suite refroidi l’atmosphère. Elle a commencé par s’étonner, à haute voix, que je décroche un CDI aussi vite. Elle m’a demandé de lui montrer un CV et a commencé à multiplier les remarques du genre « Maintenant que je suis revenue, on va corriger toutes ces erreurs »
Les premiers temps, Cécile ne se laisse pas abattre. « Les bâtiments avaient bien continué à pousser en son absence, non ? », sourit-elle. Cécile a déjà vu d’autres employées pleurer, mais se promet de tenir bon. La situation s’aggrave, pourtant, quand sa collègue obtient une prérogative, banale en apparence. « Elle a demandé à notre patron de pouvoir relire mon courrier. Dès lors, il l’a regardée m’enfoncer gratuitement, sans réagir ». Les missives les plus anodines sont alors prétexte à de constantes humiliations. «  Elle pouvait raturer un courrier pour un rien, avec des gros traits à l’encre rouge. Elle me demandait de recommencer. Et quand j’essayais de travailler, elle mettait son téléphone sur haut-parleur, ricanait... »
« De nombreuses brimades de ce genre figurent au dossier de Cécile, assure Karine MARTIN STAUDOHAR, son avocate. Des piques gratuites sur ses capacités professionnelles, son niveau d’étude ou son style vestimentaire par exemple. Pour moi, son dossier est très solide et emblématique. Il y a plusieurs atteintes à sa dignité, mais surtout un patron qui a laissé faire. A ce titre, il devra s’expliquer devant la justice ».
Dans le huit clos du bureau que partagent les deux femmes, la voisine joue le chaud et le froid. Un jour elle interroge Cécile sur sa vie. Un autre, elle exige soudain d’être vouvoyée. « Je me sentais prise au piège. J’avais fait la bêtise de lui parler de mon divorce, de lui dire que j’élevais seule mon fils. Elle savait que j’avais besoin de ce travail ». Son employeur laisse faire et Cécile commence à perdre confiance, « jusqu’à ne plus voir d’autre issue que la mort ». Un jour, elle prévient la médecine du travail qu’elle va se « foutre en l’air ».
Ses mots, qui figurent à son dossier médical, sont pris au sérieux. Cécile, en profonde dépression, est reconnue temporairement inapte au travail, arrêtée pour plusieurs semaines, et finalement licenciée en fin d’année. « Devant mon fils, je faisais semblant d’aller bien, mais je m’effondrais dès qu’il partait à l’école. Ce boulot m’avait tué à petit feu ».
Elle voudrait se relever, portant. « C’est une inspectrice du travail qui m’a parlé pour la première fois de harcèlement moral et conseillé de prendre un avocat ». Un long combat s’annonce. En février, Cécile a déjà fait condamner son employeur, en référé aux prud’hommes. En mars, elle a officiellement dénoncé son harcèlement moral.
Contacté par Closer, son ancien employeur minimise les faits : «  C’est une accusation à la mode, dit-il. Cécile est en dépression, c’est tout. Elle dit que son ancienne collègue est « difficile », mais est-ce que toutes les femmes ne le sont pas ? Je pense qu’elle fait partie de ces femmes qui préfèrent travailler avec des hommes. Il faut s’adapter dans le monde du travail, savoir se plier aux exigences des autres. Pour moi, ses soucis viennent d’ailleurs et elle se sert du travail comme excuse ».

Le dossier, à compléter d’ici septembre, sera plaidé en juin 2008. D’ici là, Cécile espère retravailler. « On m’a volé ma qualité de vie professionnelle et ma confiance en moi... » Le mois dernier, Cécile a tenté de se rendre à un entretien d’embauche. Elle s’est liquéfiée devant son interlocuteur. La prochaine fois, peut-être.
Son avocate a de la détermination pour deux : « Il faut être courageux, faire valoir ses droits. Cela fait partie de la thérapie... ».

« Ce n’est pas normal d’aller travailler la peur au ventre »
L’avis de Loïc SCOARNEC, fondateur de l’association Harcèlement Moral Stop

Les quatre suicides survenus ces derniers mois chez Renault sont ils le signe que le harcèlement au travail prend de l’ampleur en France ?
Cela marque les esprits, bien sûr, mais cette réalité a toujours existé. Dans des cas extrêmes, le travail peut tuer. Depuis huit ans que l’association existe, j’ai malheureusement déjà entendu parler de quelques suicides. Chaque année, nous recevons plus de 30 000 appels de particuliers inquiets, stressés, sous pressions. Nous constituons 1 500 dossiers chaque année, dont 150 à 200 cas graves de personnes qui, comme Cécile ont envisagé le pire.

Comment reconnaître et qualifier le harcèlement moral au travail ?
Ce sont des agissements répétés, des actes ou des paroles qui visent un individu et qui dégradent ses conditions de travail. C’est une atteinte à la dignité de la personne, sa santé et son moral. Selon une récente étude de médecins, 50% de l’absentéisme est lié au stress. Cela peut commencer par des remarques gratuites. On met le salarié en situation d’échec, sans raison.

Quelles sont les démarches à entreprendre ?
Ce n’est pas normal, de nos jours, d’aller travailler la peur au ventre. Depuis 2002, la loi reconnaît et interdit le harcèlement moral. Mais heureusement, un tabou est en train de se lever. Il faut commencer par écrire et compiler ce type d’infraction, en parler à une cellule syndicale ou à la médecine du travail pour y voir clair. Il faut savoir qu’on n’est pas seul et qu’on peut se battre.

 

Site officiel de l'association de type loi 1901 : HMS - Harcèlement Moral Stop